« 8 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 23-24], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.145, page consultée le 24 janvier 2026.
8 janvier [1843], dimanche soir minuit
Minuit à ma pendule qui avance de cinq quarts d’heure, mais
enfin cela n’empêche pas qu’il ne soit très tard pour t’écrire et encore plus tard
pour te voir. Quand je pense que depuis midi et demia je ne t’ai pas vu, et que tu sais combien je suis impatiente de
te voir toujours, et de savoir comment va ton cher petit garçon, je suis très près
d’être très en colère contre vous, mon adoré. C’est très vilain et très mal de votre
part de n’être pas revenu un tout petit moment avant votre dîner me dire comment
allait le petit Toto et pour vous laisser baiser sur toutes vos coutures.
MmePierceau est venue d’assez bonne heure, je
n’avais pas encore fini ma toilette. MmeFranque est venue passer la soirée, nous
avons tiré les Rois et c’est vous qui avez été choisi, non par le sort, mais par la
mère Pierceau, triste reine la pauvre femme, car elle est si malheureuse qu’elle en
fait de la peine à ceux qui la voient.
Je crois que vous voici, alors vous me
ferez crédit du reste pour demain.
9 janvier, lundi matin 11 h.
Tu m’as interrompu hier fort à propos, mon cher amour ; je voudrais qu’il en fût
toujours ainsi et n’avoir jamais besoin de papier, d’encre et de plume pour te dire
que je t’aime, que tu es ma vie, ma joie et mon bonheur. Malheureusement, cela n’est
pas ainsi et pour une pauvre petite heure que je te vois par jour, j’en ai vingt-trois
pendant lesquellesb je
m’impatiente, je t’attends et je te désire, témoins ces affreux gribouillages
quotidiens que je te fais pour tirer le temps et me faire prendre courage en
t’attendant. Je n’y réussis pas toujours, Dieu le sait. J’aimerais mieux te baiser
une
seule fois sur tes lèvres roses que cent milliards de fois avec le bec de ma plume
noire sur le papier blanc. Voilà mon goût, vous voyez que je ne suis pas si bête que
j’en ai l’air.
Comment as-tu passé la nuit, comment va ton petit Toto ? Si tu
étais bien gentil tu viendrais m’en donner des nouvelles avant d’aller à la
répétition. Cela me mettrait un peu de baumec sur toute ma journée qui va encore être des plus longues, et des
plus tristes jusqu’au moment où je te verrai. En attendant, je t’aime mon Victor bien
aimé.
Juliette
a « demie ».
b « lesquels ».
c « beaume ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
